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Saint-Tropez Webzine - lundi 10 mai 2004
Environnement
Incendies :
UN RAPPORT INCOMPLET
Le rapport commandé par le ministère de l'Intérieur au lendemain des tragiques incendies qui, le 1er septembre 2003 au point de convergence des communes de
Cogolin, Grimaud et La Garde-Freinet, avaient coûté la vie à trois sapeurs-pompiers, vient d'être publié. Ce rapport est l'œuvre de deux inspecteurs de la Sécurité Civile, les colonels Hochard et Verdoye. Selon ces spécialistes, les trois pompiers de La Seyne-sur-mer, auraient été pris, avec leur véhicule, dans ce qu'on appelle « une bulle thermique », consécutive à une forte accumulation de gaz créée par la combustion des essences végétales, à laquelle se sont ajoutés la forme en entonnoir du terrain, et l'effondrement particulier de l'humidité de l'air à un taux encore inconnu dans cette zone. Le cocktail détonnant aurait ainsi provoqué un embrasement d'une violence jamais vue jusque là, d'après les témoignages recueillis.

Concernant les opérations menées sur le terrain le 1er septembre au soir, le rapport fait état d'un certain nombre de dysfonctionnements, alors que plus de 1600 hommes luttaient contre les flammes. La colonne à laquelle appartenaient les trois malheureux sapeurs-pompiers, aurait eu à manœuvrer plusieurs fois à la suite d'ordres contradictoires du commandement. C'est au cours d'une de ces manœuvres de retournement, alors qu'il apparaissait évident que le feu devenait plus que menaçant, que les trois hommes ne purent exécuter suffisamment rapidement un demi-tour au lieudit du « Plan de Survière ». Et c'est à ce moment là que la bulle thermique explosa littéralement, les brûlant vifs en quelques secondes.

Des interrogations subsistent

Le rapport qui vient d'être publié ne donne toutefois pas satisfaction sur tous les points, tant s'en faut. Il y a tout d'abord la prudence exprimée par les deux colonels enquêteurs eux-mêmes, lorsqu'ils écrivent que « rien ne permet d'affirmer de manière péremptoire qu'il s'agissait d'une bulle thermique… » Mais ils retiennent cette hypothèse comme la seule véritablement plausible.

Par ailleurs, l'avocat d'une des familles des disparus, fait observer qu'on avait envoyé ces pompiers dans une zone où il n'y avait rien à défendre, faisant ainsi écho à l'avis des anciens dans la population de cette région du massif des Maures. Le même avocat du barreau de Toulon, Me Guidicelli, ajoute qu'à son avis, il est inconcevable qu'il ait pu y avoir une telle succession d'ordres contradictoires, « d'autant qu'ils ont aboutis à ce que le groupe retardant soit scindé en deux, empêchant ainsi les éléments de se protéger mutuellement, ou de se porter assistance ». C'est évidemment d'une extrême gravité. D'autres questions restent pour le moment sans réponse dans le rapport, pour l'établissement duquel il convient de souligner que les deux enquêteurs n'ont eu accès, ni aux véhicules incendiés, ni aux enregistrements radio et téléphoniques, placés depuis le drame sous scellés pour les besoins de l'enquête judiciaire.

L'effet d'annonce de ce rapport commandé par M. Sarkozy, connaît donc aujourd'hui ses limites et il faudra attendre, comme prévu, la fin de l'enquête judiciaire, confiée au juge d'instruction dracénois, Mme Arfinengo, pour en savoir plus.

Pierre Nembrini

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