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Société
Affaire Boulin :
DIX ANS DE PLUS
Avec l'énergie du désespoir, Fabienne Boulin, la fille du ministre mort fin octobre 1979 de mystérieuse manière à Paris, s'est battue pour ne pas voir refermé définitivement le dossier de ce qui restera l'une des plus graves affaires de la Vè République.

Fabienne Boulin, qui a vu également décéder ces dernières années, sa mère, Colette, et son frère, Bertrand, est aujourd'hui la seule occupante de la maison
Robert Boulin
ramatuelloise qui fut à l'origine de l'affaire. On se souvient en effet, que Robert Boulin, homme intègre et estimé, alors ministre du Travail, était pressenti par le Président Giscard d'Estaing pour occuper le poste de Premier ministre. Une perspective qui n'eut pas l'heur de plaire à tout le monde, on s'en doute. Robert Boulin fut accusé d'avoir acheté illégalement la villa de Ramatuelle, ce qui ne fut jamais prouvé, mieux, c'est l'inverse qui fut démontré. Prévoyant, et voyant les coups arriver dans son propre camp, le RPR d'alors, le ministre constitua certains dossiers qu'il détenait à son domicile. Le jour de sa mort, dans le va et vient des condoléances plus ou moins sincères, les dossiers disparurent...

Retrouvé « noyé », le 30 octobre 1979, aux étangs de Hollande dans la forêt de Rambouillet, le ministre fut déclaré officiellement et sans délai, « suicidé ». A l'évidence, on comptait que le scandale de la villa de Ramatuelle accrédite la thèse du suicide. Or, n'ayant rien à se reprocher, et de surcroît combattant
énergique (il fut un Résistant de la première heure), Robert Boulin n'avait en rien le profil d'un homme suicidaire. Pendant des années, sa veuve, ses enfants et d'une façon générale tous ceux qui le connaissaient et l'aimaient, se sont battus pour que l'horrible thèse de l'assassinat soit retenue. En vain. Fabienne Boulin compte désormais sur ce nouveau délai de dix années, pour que jaillisse enfin la lumière sur la mort de son père. Elle nous a déclaré, en exclusivité pour le magazine du site saint-tropez.tv : « Nous n'avons jamais cru au suicide de mon père qui, depuis des jours et des jours, nous disait qu'on voulait le déboulonner, selon le terme même quil avait employé. Aujourd'hui, le délai de dix ans qui nous est accordé par le Procureur Général à Paris, M. Nadal, ne l'est pas pour nous faire seulement plaisir, mais c'est tout à l'honneur de M. Nadal que d'avoir admis qu'il y avait de nombreux éléments dans le dossier à n'avoir jamais fait l'objet de la moindre enquête ».

On sera nombreux en effet à souhaiter que la lumière soit enfin faite sur la mort de Robert Boulin, comme une émission de Canal + (*) a commencé de le faire récemment, et une autre émission de France Inter, le dimanche 26 octobre dernier, l'a continué. Tout porte à croire cependant, à l'écoute de ces émissions, que les langues se délieront plus facilement lorsque certains puissants personnages encore en place, ne seront plus là pour étouffer la vérité.

Pierre Nembrini


(*) L'émission de Canal + intitulée « Le suicide était un crime », a été diffusée sur son antenne en janvier 2002.